Les enfants et les réseaux sociaux

Le consentement se trouve sur toutes les bouches depuis quelques années et avec raison; qu’en est-il de celui des enfants en matière de réseaux sociaux? Les parents sont responsables du consentement, mais à quel point sont-ils conscients des impacts de la technologie dans la vie de leurs enfants? Nous allons parler du droit à l’oubli, du changement des conventions de l’internet et de l’espace public et des risques de vol d’identité.

Droit à l’oubli 

Anciennement, le droit à l’oubli concernait surtout les faits biographiques ainsi que des vidéos ou photos. On pense par exemple à un film «faits vécus», des articles de journaux, des personnalités publiques, etc. Le droit d’être oublié pour une personne ou un mineur faisant partie de la famille d’une victime ou d’un criminel sont de bons exemples. À l’ère de l’internet, le droit à l’oubli consiste principalement au droit de déréférencement et au droit d’effacement. Le droit de déréférencement est le droit de ne plus sortir dans les moteurs de recherche. Le droit d’effacement est le droit d’effacer des informations personnelles sur des sites internet.

Dans l’Union européenne, il est possible de faire une demande de déréférencement.Par exemple, une personne demandant le retrait des moteurs de recherches des photos d’elle nu est possible. Quand est-il au Canada et au Québec? Pour l’instant rien. C’est le Far West comme partout dans le monde. 

Les conventions des réseaux sociaux

Le besoin de maîtriser correctement les règles des réseaux sociaux influe directement sur le  comportement d’un individu. Chaque plateforme possède aussi ses propres codes. On n’agit pas de la même façon sur Snapchat que sur Instagram. Dans une enquête canadienne sur l’utilisation des réseaux sociaux auprès des jeunes, on dégage l’importance de bien se représenter sur internet à travers les conventions en vigueur.

« Quand on est jeune, on change très rapidement et ce qui t’intéresse change aussi. Quelqu’un voudra peut- être changer plusieurs fois la façon dont les gens le perçoivent; c’est donc pas très agréable de garder des vieilles photos de nous-même et de faire des retours en arrière; c’est aussi un peu difficile d’aller de l’avant si elles sont toujours là » Johnson et al. (2017 : 25)

Politiquement correct

«J’ai l’impression que de nos jours, n’importe quelle blague que tu fais sur les réseaux sociaux peut être tournée dans un autre sens très très facilement, que ce soit ton intention ou non. Donc je préfère garder pour moi mon point de vue, à moins que ce soit dans un groupe d’amis privé… où on est tous d’accord». Johnson et al. (2017 : 20)

Il ne faut pas oublier que les sujets appropriés dans l’espace public changent rapidement avec les années. À l’ère du politiquement correct, on s’aperçoit d’une certaine radicalisation de ce qu’il est permis de dire ou non dans l’espace public. Qu’on soit d’accord ou non avec cela, il est important de souligner que les codes d’aujourd’hui ne seront pas les règles sociales demain. On peut penser au black face de notre cher premier ministre Trudeau fils. Aussi, il y a des modes. Je me souviens que quand j’étais jeune la photo typique à faire des enfants était la pose à plat ventre sur une doudou les fesses de bébé à l’air. Ces photos étaient imprimées et restaient dans l’espace privé. Qu’en serait-il si cette mode était toujours d’actualité avec la possibilité de mettre les clichés sur internet?

Espace public en mouvement 

C’est vrai que les codes changent. Par exemple, au début avec Facebook, on likait seulement ce qui valait VRAIMENT la peine. Tous étions heureux d’avoir 5 likes. Maintenant, en bas de plusieurs dizaines, voire des centaines de likes, on peut se demander s’il faut retirer notre publication parce qu’elle ne suscite pas assez de rétroaction positive. En ce moment, pour les jeunes «les réseaux sociaux sont devenus un espace homogène où il est important d’avoir ‘’l’air social’’ sans trop se révéler soi-même» Johnson et al. (2017 : 20).

Selfies

Un autre exemple de changement des règles concerne les égoportaits. 

«Plusieurs adolescents affirment avoir publié des égoportraits plus souvent quand ils étaient plus jeunes. Araya pense que les jeunes de 13 ans «viennent d’avoir leur téléphone, alors ils sont excités à l’idée de faire des”selfies”», ce qui indique peut-être que les égoportraits sont perçus comme un signe d’immaturité. Cela pourrait expliquer pourquoi les premiers égoportraits sont souvent source de regrets» Johnson et al. (2017 : 30).

Je trouve ça vraiment intéressant parce que des adolescents plus vieux trouve que les égoportraits sont un signe d’immaturité. Beaucoup d’adultes dans la trentaine et quarantaine sont des admirateurs de selfies. Il n’y a qu’à suivre quelques personnes sur Instagram pour se rendre compte que c’est vraiment présent chez les plus vieux. Comme quoi chaque génération a aussi ses propres codes sociaux. Il faut ainsi être d’autant plus sensible à ça quand on est parent. Nos codes ne sont pas nécessairement les codes de notre progéniture. 

L’espace privé des jeunes

Dans l’étude, quelque chose m’a surpris. Les jeunes étaient plusieurs à affirmer que les photos de famille ne devaient pas être publiques. Qu’elles étaient de ressort privé. «C’était aussi l’un des rares contextes dans lesquels l’un d’entre eux a dit qu’ils craignaient pour sa sécurité physique plutôt que pour un préjudice à sa réputation» Johnson et al. (2017 : 27).

Les jeunes ont besoin d’un espace privé. Je comprends que les parents ont toujours envie de prendre leurs enfants en photo. D’abord, ça passe si vite et, veut, veut pas, ils sont si fiers de leurs enfants. Pourtant, est-ce nécessaire de mettre ces photos sur les réseaux sociaux? Il y a des parents qui, au lieu de mettre leur visage dans une photo de profil, vont mettre celle de leurs enfants. Pourquoi? Encore, il y a des parents qui utilisent la mignonnerie de leurs enfants pour avoir plus de visibilité sur internet. La ligne est mince entre la vie du parent et celle de l’enfant, car ils sont imbriqués un à l’autre. C’est normal que si on veut afficher ce qu’on a fait en fin de semaine que les enfants soient dans le portrait. Pourtant, autant les parents sont à l’aise de partager des photos de famille au grand public, autant les jeunes pensent que ça devrait rester privé.

Jeunes et moins jeunes

Dans l’étude, on mentionne que les jeunes ne savent pas ce qui entoure la réglementation des plateformes qu’ils utilisent. D’ailleurs, «presque aucun d’entre eux ne semblait même avoir conscience que ces plates-formes sont des espaces commerciaux» Johnson et al. (2017 : 4). Je pense que ça s’applique aussi aux adultes.

Personne ne lit vraiment les petits caractères du contrat qu’on signe avec Facebook, Instagram, snapchat, etc. Pourtant, toutes ces compagnies conservent nos conversations, nos photos, bref tous nos historiques d’activités. On se retrouve malheureusement tous dans la même situation : soit on rejette le médium, soit on y conscient. Veut-on vraiment se retirer des réseaux sociaux? Certains le font, mais il reste qu’on passe à côté de plusieurs choses. Personne ne veut se couper de son cercle social. 

Questions secrètes

Comment vous identifie-t-on? On demande souvent la date de naissance ou de répondre à des questions de sécurité. Nom de jeune fille de votre mère? Facile à trouver. Date de fête? Facile à trouver sur Facebook. Votre premier animal de compagnie? Il suffit de simplement fouiller dans les photos d’enfants et vous pourrez le savoir. Quelle école avez-vous fréquentée au primaire? Même chose, il y a sûrement une photo de vous à la rentrée scolaire sur le web. Tout ce trouve sur internet. En fait, 81% des enfants de moins de 2 ans ont au moins une photo d’eux sur internet. 

Vol de données

Sujet d’actualité avec les Desjardins de ce monde, entre autres. Imaginez qu’on vole votre numéro d’assurance sociale et que quelqu’un de malveillant trouve toutes les informations relatives à votre identification sur internet parce que vos parents n’avaient pas été assez discrets. 

Facebook fait déjà de la reconnaissance faciale pour tagger les gens sur les photos. Je ne suis pas conspirationniste, mais je me demande : si je mets une photo du visage de mon enfant, est-ce qu’on pourrait l’utiliser pour voler son identité? Chirurgie, reconnaissance rétinienne, est-ce vraiment de la pure science-fiction ? Maintenant oui, mais dans 30 ans? Le geste «anodin» que je pose maintenant, qu’elle en sera les conséquences plus tard? 

Black mirror

Avez-vous vu l’épisode de Black miroir où une femme se commande un ‘nouveau’ mari pour remplacer celui qui est décédé? Afin de faire ressortir le plus fidèlement possible sa personnalité authentique, la compagnie avait analysé tous les réseaux sociaux du défunt. Ainsi, il avait les mêmes tics de langage, les mêmes références culturelles que l’original. On n’est pas là, c’est de la science-fiction. Pour l’instant. Mais c’est très plausible.

Marketing, vraiment?

Que font les entreprises avec nos informations personnelles? On se fait espionner sous un angle de marketing. Des algorithmes sont alimentés par une analyse de données cumulatives qui trace un portrait fidèle de nos goûts, nos habitudes, etc. Tout ça ne serait que lié à des questions d’argent et de vouloir nous connaître en tant que consommateur. C’est déjà intense, mais est-ce qu’il s’agit seulement de la pointe du iceberg? Pourquoi les compagnies comme facebook se déclarent comme propriétaires de nos photos? À quoi ça peut bien servir de garder autant d’information sur nous? 

Les gonflables

Revenons au présent. Toute cette problématique ne semble avoir qu’une seule source à mon avis. 

«Dans la plupart des cas, la nécessité d’impressionner l’emportait sur les propres besoins des jeunes» Johnson et al. (2017 : 13) 

Je pense qu’on pourrait aussi étendre ça aux personnes en général. Quand on n’a pas besoin de se prouver, on est plus discret. Pour l’heure, comme on ne sait pas ce qu’adviendra l’évolution des règles de l’internet et des technologies, il vaut mieux être prudent. Je le rappelle, icitte, nous n’avons pas le droit au déréférencement ou à l’effacement. Évitons de mettre nos visages sur internet et encore plus ceux de nos enfants.


Johnson, Matthew, Valerie Steeves, Leslie Regan Shade et Grace Foran. (2017). Partager ou ne pas partager : Comment les adolescents prennent des décisions en matière de vie privée à propos des photos sur les réseaux sociaux. Ottawa : HabiloMédias.