Bois et (re)valorisation dans le secteur de la construction

On entend de plus en plus parler de l’utilisation du bois dans des constructions complexes. Je pense, entre autres, à la compagnie japonaise forestière Sumitomo qui a annoncé la construction d’un gratte-ciel en bois. L’édifice sera construit d’ici 2041 et atteindra 350 mètres de hauteur. Nous connaissons aussi cet intérêt, même s’il est plus timide, dans des nouveaux développements de condo. Par exemple, Arbora est un projet dans Griffintown où la structure des unités est faite en bois. Lors de mon voyage en Finlande, nous avons eu une conférence sur le bâtiment du parc national Haltia à Nuuksio. Voici mon 3e article de la série Finlande-Stockholm qui parlera essentiellement du bois et de sa (re)valorisation. (Si vous avez manqué le 1er, il est ici.)

Renouveau

Depuis quelques années, la Finlande valorise une de ses ressources naturelles les plus abondantes : le bois. En effet, les récentes constructions comme la nouvelle bibliothèque d’Helsinki, une partie de l’université d’Helsinki, la chapelle Kamppi et le bâtiment principal du parc national Nuuksio inclus du bois. Il faut savoir que la Finlande ne possède pas énormément de ressources naturelles et que son territoire est couvert de forêt à 70%. De plus, on considère que le bois est une ressource renouvelable pourvu qu’on en replante en portion équivalente.

Centre nature finlandais d’Haltia Nuuksio, Espoo, Finlande designé par Lahdelma & Mahlamäki

Le déclin du bois

La revalorisation du bois est aussi une façon de soutenir le secteur forestier qui a connu des changements majeurs depuis le début du XXe siècle. Le béton et l’acier remplacent le bois et, plus proche de nous, l’ère numérique attaqua l’industrie papetière. Le secteur forestier au Québec est encore un enjeu politique important et un secteur lucratif. Toutefois, il fut une époque où il était aussi un enjeu social. Il n’y a pas si longtemps, tout le monde connaissait quelqu’un qui, de près ou de loin, travaillait dans le bois. Coupe d’arbre, scierie, industrie papetière, etc. Le bois et les forêts font partie de notre identité folklorique. En Finlande, l’industrie du bois a souffert autant que la nôtre, sinon plus. Comme les Finlandais ne possèdent pas tellement d’autres naturelles en comparaison avec le Canada, ils ont vécu plus durement ces changements.

Boismania

La valorisation du bois se voit partout en Finlande. Par exemple, la mode scandinave propose un décor épuré (d’inspiration protestante) et une mise en valeur du bois. À Nuuksio, le revêtement extérieur du bâtiment est fait de bois finlandais, le plancher, ainsi que tous les panneaux pour l’acoustique dans la salle de conférence. Je trouve qu’il est vraiment intéressant d’utiliser du bois au lieu du textile pour l’acoustique. C’est plus beau esthétiquement (goût personnel) et c’est aussi hypoallergène par rapport au tissu. Le bois est plus cher que le tissu. Néanmoins, comme c’est l’une des ressources les plus importantes et abondantes de la Finlande, je trouve judicieux d’utiliser ce matériau dans ce contexte.

Ininflammable?

La valorisation du bois dans la construction nous confronte aux défis qui ont avantagé le béton durant l’époque contemporaine. On pense notamment aux risques d’incendie et la durabilité (détérioration) du bois sans traitement chimique. Le bois est maintenant traité avec des cultures fongiques qui mangeant les cellules qui accélérent la décomposition du bois. Ensuite, on remplace les cellules «vides» par du sel de quartz et on chauffe le bois afin qu’il acquière une résistance supplémentaire. La chaleur est aussi utilisée comme teinture naturelle. En effet, on peut obtenir différentes teintes selon la durée du chauffage. Il suffit ensuite de vernir ou huiler le bois tous les 25 ans à titre d’entretien.

Exemple de teintes en fonction de la durée de chauffage (crédit : Geneviève Bonneau)

À ce propos, un de mes amis a fait une table de pique-nique extérieure en utilisant cette «teinture naturelle». Il a chauffé ses planches pour carboniser le dessus et a ensuite sablé les résidus. Cela renforce le bois et lui donne aussi une couleur. Aussi, il me disait qu’anciennement des gens qui construisaient leurs maisons en bois prébrûlaient le bois pour éviter les incendies. Comme les cellules organiques et les petites zones d’air avaient été brûlées, le bois devient presque «invincible».  

Défi structurel

Un autre défi de l’utilisation du bois concerne la structure. Comment faire le gratte-ciel japonais de 350 mètres sans acier? De la même façon que celle que le parc Haltia a utilisé pour sa propre structure. Le parc a pris du bois lamellé croisé (BLC ou CLT cross-laminated timber) pour remplacer le métal. Dans le cas précis du parc national, il y a eu un débat, car le bâtiment utilise de la pruche autrichienne et non du bois finlandais.

crédit : Geneviève Bonneau

Puisque le pays n’a pas les ressources nécessaires pour fabriquer le BLC, le parc a fait affaire avec l’Autriche. On a calculé les possibilités d’envoyer le bois finlandais dans leurs usines pour être transformé en BLC, puis le renvoyer en Finlande. Malheureusement, cela était trop coûteux en terme d’empreinte écologique. Ainsi, pour des raisons environnementales, c’est la pruche autrichienne qui a été sélectionnée. Le BLC est une façon intéressante de limiter les risques d’incendie. La façon dont il est conçu fait en sorte que seuls les 1-2 premiers centimètres peuvent brûler. Les blocs de BLC peuvent atteindre n’importe quelle épaisseur en fonction des besoins.

Empreinte écologique réduite

Oui, c’est beau du bois, mais c’est quoi la différence avec le béton? Si on choisit de revaloriser le bois dans la construction, c’est surtout pour ces bienfaits environnementaux. En effet, «Les forêts absorbent du CO2 de l’atmosphère pour produire du bois, ce CO2 peut être stocké durablement lorsque le bois est utilisé dans la construction» (Leroy, 2008 : 7). Cela veut dire que le bois emmagasine le CO2 lors de sa production alors que les autres matériaux émettent du CO2. Comme le souligne le rapport de Grenelle pour l’environnement, «au final, 1 m3 de bois utilisé dans le bâtiment signifie 1 tonne de CO2 stockée, à laquelle s’ajoute 0,7 tonne de CO2 économisée en moyenne par substitution à un autre matériau» (Leroy, 2008 : 7).

Une future révolution du bois?

Drôle à dire, mais le bois est bien le matériau du futur. Même s’il est plus cher, le bois est renouvelable et durable. Le bois a une empreinte écologique excellente. Encore, cela permettrait à des pays comme la Finlande ou comme le Québec de revitaliser leur industrie. Aussi, le bois contrôle l’humidité dans les bâtiments. En plusse, c’est esthétique ! À quand la revalorisation de notre bois d’icitte? J’espère que les négociations de l’ALÉNA concernant le bois ne seront pas trop pénibles pour nous… Sinon il nous reste qu’à créer de la demande intérieure en construisant tout en bois XD

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LEROY, Philippe (2008) «Rapport au Ministre d’Etat, Ministre de l’écologie, du développement et de l’aménagement durables et au Ministre de l’Agriculture et de la Pêche», Grenelle pour l’Environnement, comité opérationnel no 16 forêt, 15 p. <http://www.ladocumentationfrancaise.fr/var/storage/rapports-publics/084000519.pdf> (consulté le 21 juin 2018)